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LA FEMME AU CORPS DE CHEVRE

Sous les châteaux de Lastours, creusée profondément dans le roc, il est une caverne dont l'entrée se cache sous un lierre sombre. C'est là que vivait autrefois la Salimonde. Lorsque les enfants n'étaient pas sages, on les menaçait d'appeler la Salimonde qui fesait office de croquemitaine. Cette coutume s'est perdue aujourd'hui. En revanche, on répète encore que, pour la chandeleur, cette sorcière quitte sa caverne et rôde aux alentours. S'il fait beau, elle se lamente et ses cris effraient les animaux du voisinage. Car dit-elle, l'hiver n'est pas terminé et l'on verra bien des jours sombres s'écouler avant l'été. S'il fait mauvais temps ce jour-là, elle chante, disant que l'hiver est mort et que l'été ne tardera guère.

LA FEE NORE

L'Aude était autrefois, nous dit la tradition, une plaine immense et fertile sur laquelle veillaient des fées et des lutins. Les fées, ornées de longues piques, chassaient les dragons et les serpents qui infestaient le pays. C'est pourquoi le peuple audois bénissait ces esprits bienfaisants, leur élevait des autels et décorait les frontons à leur image. Parmi ces fées, la fée Nore était la plus honorée tandis que Cers, fils d'Eole, père des vents et de la tempête, voyait son temple abandonné par les bons paysans qui l'accusaient de ravager les récoltes. Un jour que la tempête avait frappée plus que de coutûme, la fée Nore, prise de pitié par le malheur de ces paysans, résolut d'implorer de front le grand dieu Jupiter. Touché par cette audace, il promit à la fée de calmer les colères de Cers et de veiller sur la contrée qu'elle aimait. Peu de temps après, Cers, un soir qu'il faisait sombre, déchaina une tempête furieuse faisant gémir les arbres de la forêt et Jupiter teint sa promesse. Tout à coup, le calme se fait et, tandis que la petite fée vole au dehors pour jouir du spectacle, elle a l'impression que le large plateau où sa vue se promène s'élargit, s'élève progressivement, devient mont, puis chaîne et par un prodige qu'elle ne peut s'expliquer, elle se trouve elle-même, comme par enchantement, sur le sommet le plus élevé de cette nouvelle montagne dressant sa pique vers le ciel. Depuis ce jour, le pays en proie aux colères de Cers se trouve abrité par le rempart des montagnes. Aussi les paysans reconnaissants appelèrent dès ce jour le plus haut sommet de cette montagne " la Pique de Nore ".

LE PONT DE MASSEFANS

Dans le Mas Cabardès se trouve "le Pont de Massefans", "Ramasse-toi enfants" ou "Massacre d'enfants". Ainsi appelé, dit-on, en souvenir d'un des exploits de l'espièglerie du Drac de cette contrée. Une douzaine d'enfants se rendaient au bois, un jour de congé, pour y prendre leurs ébats et faire le fagot qu'ils devaient apporter le soir à la maison. Arrivés tout près du pont, ils aperçoivent un âne arrêté et broutant les rares herbes qui poussaient entre les jointures des murs lézardés de ces vielles pierres. Joyeux de cette rencontre, le groupe en débandade se précipite vers l'animal paisible et le conduit vers l'orée du bois. Mais tandis que la bande en liesse chemine et apostrophe l'âne, les enfants se hissent l'un après l'autre sur son dos et y paradent comme d'habiles cavaliers. Tout à la joie de leurs amusements, les petits maraudeurs ne se sont pas aperçus de ce fait, cependant bien étrange, que le dos de l'âne s'est allongé à mesure que chacun y grimpait dessus. Si bien que cette troupe nombreuse s'y trouve à l'aise maintenant et chevauche l'âne avec de grands éclats de rire. L'animal s'est montré des plus patient tant que les jeunes ont grimpé dessus. Mais à peine la bande est-elle en place que le paisible âne devient subitement fringuant, lève tout droit la queue, dresse ses oreilles et bondit comme un jeune poulain tout droit vers la rivière à l'étonnement des jeunes cavaliers maintenant effrayés. Et sans hésitation aucune, il s'y plonge. Arrivé au beau milieu, il se couche nonchalament dans le courant, y dépose son fardeau et se sauve sans crier gare. On devine l'inquiétude de ce tout petit monde et la diligence désemparée de ces jeunes cavaliers désarçonnés pour se tirer du mauvais pas où les a précipité l'âne mystêrieux. Mais lui, qui a maintenant repris sa forme vraie du Drac, va s'asseoir sur le roc qui domine la rivière, en face du pont qui l'enjambe, et s'amuse plaisamment des efforts désespérés que déploient les écoliers maraudeurs pour se tirer du bain où il vient de les plonger. Ils l'entendent rire aux éclats et s'écrier "Massafans" "Rammase-toi enfant".

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